La théorie du self selon la Gestalt

Une révolution culturelle

Au début des années 50, les fondateurs de la Gestalt ont élaboré un concept psychologique particulièrement novateur, le Self.

Dans la première moitié du XXème siècle, la vision du monde et de l’être humain est linéaire, statique et déterminée : il y a des normes, des classifications, des hiérarchies, une structure psychique, et c’est comme ça.

La théorie du self telle que l’a conçue Fritz Perls était donc une véritable révolution culturelle.

Pour la première fois on regardait l’être humain d’une manière dynamique ! A la notion de structure, Perls a opposé celle de processus. En fait le self n’est pas une structure figée localisée à l’intérieur de l’individu, c’est un événement qui se déploie dans le contact et qui est toujours en mouvement. L’idée majeure de Perls était que nous existons dans un environnement : on ne peut pas dissocier l’organisme de son environnement, et ce qui existe c’est le « champ » (c’est tout ce qui est là dans la réalité – par exemple, la pièce dans laquelle vous vous trouvez est un « champ »).

Le Self est donc un mouvement, un processus, un évènement dans le temps et l’espace.

Les notions d’appareil psychique, de topiques, n’ont plus lieu d’être, et Perls leur substitue la notion de fonctions du Self. Il définit 3 fonctions : le Ça, le Je, et la Personnalité.

Le Ça, le Je et la Personnalité

Le Ça est le registre des sensations corporelles, des émotions, des désirs, … C’est ce qui émerge de soi-même sans que l’on en ait vraiment conscience, sans que les choses soient nommées (dès que l’on met des mots, on entre dans le registre du Je). C’est aussi là où sont nos besoins, nos désirs. Le Ça est la zone de soi qui est la plus inconsciente. C’est aussi notre richesse. Le contrôle excessif bloque l’accès au Ça.

C’est là que sont stockées les mémoires des sensations et des émotions que nous avons vécues et que nous vivons, mémoires qui sont réactivées dans certains moments de la vie. Les émotions que nous vivons aujourd’hui sont en lien avec les expériences vécues autrefois ; certaines émotions sont en effet prédominantes dans l’enfance (par exemple la peur), et elles ont donc tendance à émerger ensuite plus fréquemment que les autres dans les situations complexes.

 

La deuxième fonction du self, la fonction Je, permet de choisir et de décider ce que nous allons faire avec ces émergences. Car nous avons toujours le choix de notre réaction. Le Je sert à identifier les désirs et les pulsions du Ça.  Dans le Je on évalue ce qui nous convient ou pas, et on choisit. Le Je est actif (alors que le Ça est passif). On pourrait comparer le Je au conducteur de la voiture, c’est lui qui tient le volant et choisit la direction.

 

La fonction personnalité est l’espace psychique où s’enregistrent les expériences qui nous constituent. C’est notre vision de nous-même, des autres et du monde  – les croyances que chacun a sur lui-même et sur les autres. C’est notre identité, qui est étayée par nos croyances. Lorsque vous dites : « Je suis une personne qui aime la musique », cela vient de votre personnalité. C’est aussi là où sont nos ressources.

Tout ce qui constitue notre fonction personnalité vient colorer nos expériences de contact, que ce soit avec nous-même, avec le monde ou avec les autres.

Dans une optique absolue du self, quand un être humain rencontre un autre être, cela se passe dans une page blanche, c’est une expérience unique et singulière. Si l’on pousse à l’extrême la théorie perlsienne, il faudrait qu’il n’y ait presque pas de Personnalité, ainsi on pourrait être constamment dans une page blanche dans l’ici et maintenant. Il y a là des choses intéressantes à garder, par exemple la notion très spirituelle de page blanche (on est dans le présent et tout est possible dans ce présent-là).

Etre dans la page blanche

Pour Perls, la santé psychique c’est être toujours dans la page blanche :
« C’est ici et maintenant que ça se passe, qu’est-ce que je veux ? » Selon lui on est dans la pathologie lorsque l’on quitte la page blanche et qu’il y a des « résidus » dans un contact avec l’autre – pour lui, ce sont ces résidus qui constituent la Personnalité – ce qui n’est pas bon.

Perls, rappelons-le, était un rebelle et s’est très tôt opposé aux idées de Freud , bien qu’il ait lui-même longtemps pratiqué la Psychanalyse. Il a donc nié la notion de structure psychique.

En Gestalt-thérapie on s’occupe du contact entre soi et l’autre, en réhabilitant le corps dans l’expérience – on ne s’occupe pas seulement de la pensée, on s’occupe aussi de ce que l’on ressent.
On retrouve aussi l’aspect phénoménologique – décrire ce que l’on voit plutôt que l’expliquer : en Gestalt traditionnelle il n’y a aucune interprétation, on décrit juste ce qui se passe entre toi et moi ici et maintenant – on ne cherche pas à savoir le pourquoi, mais à fluidifier le contact et à faire de nouvelles expériences.

La Gestalt aujourd’hui

En gardant le côté révolutionnaire et novateur de cette théorie, cette vision peut se nuancer aujourd’hui car la Gestalt traditionnelle ne prend pas en compte, ou peu, la psychopathologie.

L’IFAS propose une position intégrative : le self est un processus, et en même temps il y a quelque chose qui n’est pas toujours nouveau et page blanche, quelque chose de notre histoire, de nous, qui reste toujours présent.

Effectivement nous avons en nous des situations inachevées, qui émergent du Ça sous la forme d’émotions qui parfois peuvent paraître disproportionnées eu égard à la situation.

Les impacts et ancrages en nous d’événements non assimilés sont pour la Gestalt-thérapie Intégrative des « gestalts inachevées ».

Cet inachevé vient s’inscrire sur la page blanche de nos situations de vie.

Notre self tient compte de toutes nos expériences. Le Ça influence le Je et la Personnalité – il y a une interaction entre les trois fonctions. Nous ne sommes pas complètement libres de nos choix parce qu’il y a des expériences inachevées dans notre Ça.

Le travail thérapeutique s’intéresse à notre Self. Il consiste à :

  • Observer ce qui émerge régulièrement de notre Ça comme émotions et vécus récurrents pour contacter et résoudre ce qui est inachevé.
  • Explorer ce qui constitue notre Personnalité pour réactualiser nos croyances (voir article) sur nous-même et sur les autres.
  • Développer notre Je pour augmenter notre capacité à choisir et à exprimer nos besoins et désirs.

 

Si l’on ne fait pas de thérapie on peut tourner en circuit fermé, car notre système est très organisé, et peut être resté adapté à l’environnement de notre enfance.

Le thérapeute est là pour proposer de nouvelles expériences, comme par exemple : comprendre, accepter et exprimer ses besoins,
il invite à revisiter certains vécus pour les guérir, à essayer d’autres fonctionnements, à cultiver de nouvelles pensées sur nous-même et la vie.

 

 

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